Vue d'Ensemble du Pays








Madagascar, une priorité mondiale en matière de Conservation



Madagascar est situé à l'Est du continent africain entre 11°57' et 25°32' de latitude Sud soit presqu'entièrement dans la zone intertropicale. Le contraste frappant entre la côte Est humide et la côte Ouest plus sèche est dû à l'effet combiné de la forme allongée de l'île (1600 km de long pour 580 km dans sa partie la plus large), d'un relief montagneux orienté Nord-Sud et d'un régime des vents dominé par les alizés du sud-est qui sont soumis à l'effet de foehn sur la pente occidentale. Il s'en suit une très grande variété de climats , d'unités biogéographiques et d'écosystèmes forestiers climaciques. Les Hauts plateaux du Centre, l'Est et le Nord sont les domaines de la forêt tropicale humide qui laisse la place à l'Ouest aux formations forestières tropophiles. Au Sud, la forêt à épineux ou "bush" est caractérisée par la famille endémique des Didiéracées qui impriment au paysage un cachet très particulier. Les mangroves sont surtout abondantes sur la côte Ouest . Les écosystèmes marins sont remarquables par leur beauté.

L'extraordinaire richesse en Biodiversité de Madagascar en fait une des zones de priorité mondiale en matière de Conservation. Les évaluations concernant l'importance de la flore varient entre 7.370 et 12.000 espèces avec 85% d'endémisme (Mittermeier R. et al., 1987). Il existe par exemple plus d'un millier d'espèces d'Orchidées, de nombreuses plantes cactiformes (Aloe, Kalanchoe, Euphorbia, la famille endémique des Didiereaceae), une centaine d'espèces de Palmiers, des espèces à tronc bouteille (Pachypodium, Adenia) et 7 espèces de Baobabs (une seule espèce existe en Afrique). La faune , fortement tributaire de la végétation climacique, présente également des taux d'endémismes exceptionnels. Par exemple, parmi les Reptiles, les Oiseaux et les Mammifères (tableau ci-dessous), plus de 400 espèces endémiques ont été recensées parmi lesquels le groupe des Lémuriens. Il en est de même en ce qui concerne l'intêret biologique de la faune et de la flore marines

Endémisme des Vertébrés de Madagascar
TaxaEspèces
endémiques
Genres
endémiques
Reptilia 233 (95%)36 (63%)
Aves106 (46%)40 (24%)
Mammalia77 (90%)37 (71%)
Insectivora29 (100%)10 (100%)
Chiroptera9 (41%)1 (7%)
Primates 22 (100%)12 (100%)
Rodentia10 (100%)7 (100%)
Carnivora7 (100%)7 (100%)
Total 416 113
Source : Durell & Durell in Mittermeier R.et al., 1987


Diversité ethnique, identité culturelle


La population malgache est un mélange des descendants d'immigrants asiatiques, africains et arabes, répartis officiellement en 18 groupes ethniques. Malgré quelques différences régionales, le fond culturel est le même et une seule langue existe, le malgache, avec des variantes régionales.

Cette originalité par rapport à d'autres pays africains fait encore de Madagascar un pays très particulier.





Une politique environnementale novatrice


Depuis ces vingt dernières années, Madagascar traverse une période particulièrement difficile et qui ne cesse de se dégrader de façon vertigineuse depuis 10 ans (tableau ci-dessous). La grande majorité des malgaches sont des agriculteurs (76%) et la production rurale apporte 80% des revenus d'exportation dont les produits les plus importants sont le café, la girofle, la vanille et le coton. Ces dernières années, le prix de ces produits à l'exportation a chuté et la population rurale intensifie les cultures de subsistance, en particulier la riziculture, au détriment des milieux naturels sur lesquels la pression humaine se fait de plus en plus forte.

Les indicateurs socio-économiques de Madagascar de 1987-1993
Indicateur1987198819891990199119921993
PNB/habitant ($US)  190    
Variation du PNB (%)1,73,84,94,0-1,711
Inflation (%)15,026,89,011,8   
Dette externe totale
(106$US)
3.6953.6713.6383.938   5.....
Taux d'échange
(FMg/$uS)
1.0691.4071.6031.4941.653 1.980
Production de café
(103 sacs)
1.0001.1001.1501.000800  
Source : Ministère du Plan

Bien que des études palynologiques indiquent que les savanes et les steppes font partie du climax forestier tropical et qu'on ne peut pas incriminer seulement l'action anthropique dans le phénomène de régression des forêts (Tattersall I. et al., 1975 ; Burney et al., 1987), à Madagascar les manifestations de dégradation des milieux naturels dûe à l'action de l'homme sont nombreuses: p.e. défrichements forestiers pour l'agriculture, feux de brousse qui provoquent l' érosion et la perte de fertilité des sols, coupes de bois pour l'énergie et la construction. De plus, elles tendent à s'amplifier en raison de la croissance démographique qui entraîne un besoin croissant en terres aménagées pour l'agriculture. La pratique de la culture itinérante sur brûlis (tavy), par exemple, fait disparaître environ 200.000 ha de forêts par an. Les phénomènes érosifs sur la côte Est du pays éliminent 30 tonnes de terre par hectare et par an après un "tavy" pratiqué sur une pente à 45%. Cette pratique entame le couvert forestier de manière souvent irréversible et la désertification guette alors de nombreuses zones.

Les feux de brousse pour le rajeunissement des pâturages brûlent 1.200.000 ha de savane par an et constituent un autre fléau.

Aussi, le pays, presque totalement boisé auparavant, est envahi par une savane aux sols ferralitiques stériles et soumis à une forte érosion. Actuellement, le patrimoine forestier national ne couvre qu'une superficie estimée à 12 millions d'hectares soit près de 21% de la superficie totale du pays, dont 8 à 10 millions d'hectares de forêt primaire.

Avec ses 5000 kms de côtes, Madagascar a un énorme potentiel en ressources halieutiques qui devrait être une source de revenu pour le pays mais il est pour l'instant mal géré. L'exploitation artisanale, qui s'est pourtant accrue ces dernières années, souffre de techniques non performantes et parfois destructrices car non sélectives, tandis que le prélèvement dû aux grandes pêcheries sont difficilement quantifiables.

Madagascar a une longue tradition en matière de politique forestière et de protection des ressources naturelles en général.

Depuis l'émergence de la notion d' Etat à Madagascar, la protection du couvert forestier a été un souci constant des pouvoirs qui se sont succédés. Le roi Andrianampoinimerina (1787-1810), dans seskabary, déclare que la forêt est un bien inaliénable. Le Code des 305 Articles publié en 1881 par la reine Ranavalona II interdisait toute exploitation abusive des produits miniers et forestiers. Au début du siècle, sous la période coloniale, après la mise en place d'un service forestier, un décret a permis la création des premières Aires Protégées. Après l'indépendance, Madagascar a adhéré à diverses organisations internationales pour la protection de la nature et des ressources naturelles et des mesures ont été prises pour gérer et conserver le domaine forestier national. A ce jour, il existe 39 Aires Protégées réparties en 11 Réserves Naturelles Intégrales, 5 Parcs Nationaux (dont Mananara-Nord) et 23 Réserves Spéciales. Le réseau de ces Aires Protégées représente un échantillon des écosystèmes terrestres représentatifs du pays mais leur superficie totale est faible (2,09 % du territoire national). Des lacunes existent en ce sens que certaines espèces végétales et animales endémiques et menacées n'ont pas leur habitat protégé par ce réseau. De plus, aucun écosystème marin n'est actuellement protégé si ce n'est le Parc National Marin de la "Réserve de Biosphère de Mananara-Nord" qui ne couvre que 1000 ha.

Dans tous les cas, même si l'accès est libre dans certaines de ces A.P. (Réserves Spéciales) toute forme d'exploitation est interdite sans autorisation préalable du Service des Eaux et Forêts et les contrevenants s'exposent à des peines sévères. Mais la forêt continue de brûler, les animaux continuent d'être chassés, ... et il a fallu se rendre à l'évidence que les mesures de protection répressives et excluant l'Homme étaient inefficaces, et ce d'autant plus que l'Etat malgache manque de moyens pour faire cesser le braconnage, les coupes illicites ou les défrichements à l'intérieur de ces zones protégées. L'élaboration d'une politique claire et précise de la gestion de ces écosystèmes protégés était nécessaire afin de sauvegarder le patrimoine restant.

A partir de 1980, les premiers projets intégrant la population dans une stratégie intégrée sont mis en place pour revaloriser les zones dégradées (projet SAVOKA, projet Aménagement des Vallées Forestières etc...).

En 1984, la Stratégie Nationale de Conservation, basée sur la Conservation et le Développement durable a été adoptée. Après la conférence internationale de 1985 qui s'est tenue à Antananarivo sur le thème "Le développement durable et la Conservation à Madagascar", le pays a pleinement pris conscience de ses problèmes environnementaux et de la nécessité de redéfinir sa politique en matière de protection de l'environnement. Aidé par la communauté internationale, le gouvernement malgache a pu se doter des structures institutionnelles et des moyens adéquats lui permettant de jeter les bases favorables à la mise en place d'un vaste Plan d'Action Environnemental (P.A.E.). Le P.A.E a débuté en 1990 et est prévu pour 15 ans. C'est le plan directeur de la politique environnementale nationale. Dans le P.A.E. l'Homme, acteur principal, à la fois responsable et victime de la dégradation de son environnement, est au centre de la problématique. En effet, seul un développement harmonieux des communautés rurales basé sur une gestion durable des ressources naturelles renouvelables pourra garantir la protection efficace de ces écosystèmes.

En Septembre 1994, un Ministère de l'Environnement a été créé pour la première fois dans l'histoire du pays.