5√®me Journ√©e d'√Čtude sur la Marmotte Alpine, Ramousse R. & Le Berre M. eds. : .
ISBN : 2-9509900-4-5



Les marmottes de la vall√©e de Chaudefour (Chambon-sur-Lac, Puy-de-D√īme, France)


√Čric Sauget
BTS Gestion et Protection de la Nature, Lycée Olivier de Serres d'Aubenas (07)

Résumé :
Observ√©es √† partir de 1994, les marmottes de la R√©serve naturelle de la vall√©e de Chaudefour n'avaient fait l’objet jusqu'√† pr√©sent d'aucune √©tude syst√©matique. En 1998 a √©t√© r√©alis√© un "√©tat des lieux" et les principaux groupes familiaux localis√©s. L’int√©r√™t des visiteurs de la R√©serve pour la marmotte a √©t√© appr√©ci√© gr√Ęce √† une enqu√™te. Des propositions de gestion des marmottes de la R√©serve sont avanc√©es. Mots cl√©s : Marmota marmota, Auvergne, massif du Sancy, R√©serve naturelle de la vall√©e de Chaudefour, introduction.

Abstract: Alpine marmots of the Chaudefour Valley (Chambon-sur-Lac, Puy-de-D√īme, France).
Reintroduced Alpine marmots were observed in 1994 for the first time in the nature Reserve of the Chaudefour Valley A first survey of this marmot population was realized in 1998 and the family groups were located. Visitor interest about marmots was appreciated through a questionnaire. Some management proposals of the marmots of the Reserve were defined. Key Words: M. marmota, introduction, nature reserve, Chaudefour Valley, Sancy Massif, Auvergne, France.

 

Introduction

Des introductions de marmottes alpines ont été réalisées dans tous les massifs montagneux en France (Ramousse & Le Berre 1992, 1993 ; Ramousse et al. 1992, 1993), mais peu de suivis de ces opérations ont été réalisés (Bonnet-Arnaud et al. 1996 ; Giboulet et al. 1997 ; Métral , Ramousse et al. 1992, 1994). En particulier, aucune étude n'avait été conduite jusqu'à présent sur les marmottes de la Vallée de Chaudefour. Aussi m'a-t-il été proposé d'entreprendre une réflexion à ce sujet, dans le cadre d'un stage de BTS Gestion et Protection de la Nature que je prépare au Lycée Olivier de Serres, à Aubenas, en Ardèche (1).

La mission était d'établir un état des lieux de la marmotte de la vallée de Chaudefour et de proposer les directions de recherches pour les années ultérieures, puisque rien de systématique n'avait été fait dans ce domaine à ce jour.

1. Matériel et méthodes Présentation de la vallée de Chaudefour

La Réserve naturelle de la vallée de Chaudefour a été créée le 14 mai 1991, à l'initiative du Parc Naturel Régional des Volcans d'Auvergne, lui-même inauguré en 1977 (fig. 1). Cette vallée glaciaire, taillée dans le massif volcanique du Sancy, est orientée ouest-sud-ouest/est-nord-est. Elle est comprise entre 1137 mètres (maison de la Réserve naturelle) et 1854 mètres (puy Ferrand) - ce qui correspondrait à 2300 mètres dans les Alpes, en raison des conditions particulières du site.

Le climat est issu de plusieurs influences : méditerranéenne, océanique et continentale. Cette conjugaison induit une flore spécifique et variée (plus de 1 000 espèces), dont un certain nombre bénéficie de mesure de protection : plantes endémiques, "véritables reliques glaciaires", que sont la Jasione d'Auvergne, la Biscutelle d'Auvergne, l'Astérocarpe faux-sésame. De nombreuses autres espèces sont protégées tant au plan national (Saules des Lapons, Droséra...), que régional (Lys Martagon, Méconopsis du pays de Galles, Anémone souffrée, Soldanelle des Alpes...).

De nombreux animaux fr√©quentent √©galement la vall√©e, comme le mouflon (introduit en 1956), le chamois (introduit en 1988), le blaireau - choisi comme mascotte embl√©matique de la R√©serve - la vip√®re p√©liade, le faucon p√®lerin… (Albaret 1998, Bouchardy 1998).

Fig. 1. Localisation du Parc naturel régional des Volcans d'Auvergne et de la vallée de Chaudefour

2. Historique de la présence des marmottes en vallée de Chaudefour

2.1. La disparition des marmottes

La marmotte a disparu des montagnes auvergnates au cours de la pr√©histoire. En effet, sur une vingtaine de chantiers de fouilles arch√©ologiques ont √©t√© mis en √©vidence des ossements de marmottes (Marmota marmota, Marmota marmota primigenia). Ces sites sont r√©partis sur trois des quatre d√©partements de l'Auvergne : Cantal, Haute-Loire et Puy-de-D√īme. La datation d'aucun des ossements recueillis n'est post√©rieure √† 8000 ans avant J.-C. Les arch√©ologues pensent que cette disparition pourrait √™tre attribuable √† un radoucissement du climat, succ√©dant √† une ultime crise froide w√ľrmienne du Dryas III (10 800 - 9 800 BP¬†; Bout 1964, 1973, Bout et al. 1967, Bracco 1977, Chaline 1971, 1972, 1973, Chaline et Poulain 1972, Collectif 1983, de Sonneville-Bordes 1979, Delpuech, 1981, 1987, Delpuech & Fernandez 1983, Desrut & Deret 1944, Fontana 1996, Laubry & Pages-Allary 1903, Liabeuf & Surmely 1992, Pomel, 1844a et b, 1853, Raynal et al. 1984).

Il convient de noter que l'Auvergne conna√ģt les m√™mes difficult√©s que les autres r√©gions en ce qui concerne la restitution de la micro-faune pr√©historique : une grande partie des ossements trouv√©s en fouille, notamment ceux de petits mammif√®res, attend une identification pr√©cise, que les probl√®mes de cr√©dits, de temps imparti et de disponibilit√© de sp√©cialistes ne permettent pas toujours de r√©aliser - en particulier pour les interventions arch√©ologiques "anciennes". Nombre d'articles et de rapports de fouilles signalent simplement des "restes de petits mammif√®res", voire de "petits rongeurs". Pour compenser une √©ventuelle sous-repr√©sentation de la marmotte - au m√™me titre que l’√©cureuil, le campagnol, etc. - il conviendrait de reprendre syst√©matiquement l'√©tude du mat√©riel osseux provenant de ces chantiers... du moins lorsque le lieu de conservation de celui-ci peut √™tre retrouv√©... (2).

2.2. Le retour des marmottes

Diff√©rents l√Ęchers de marmottes ont eu lieu √† partir de 1959 non loin de la vall√©e de Chaudefour. Les deux premiers concernaient des individus provenant de Saint-Jean-de-Maurienne¬†(3).

Le premier, organis√© en 1959, au lieu dit "¬†Mathusalem¬†", comprenait 15 marmottes, probablement adultes. Il est impossible de pr√©ciser le nombre et la r√©partition des colonies sur lesquelles les pr√©l√®vements ont √©t√© faits. Pour les accueillir, des abris temporaires ont √©t√© mis en place. Comme aucun suivi syst√©matique n’a √©t√© assur√©, le devenir de cette introduction reste inconnu, mais il semblerait que certains individus se soient d√©plac√©s en direction de la vall√©e de Chaudefour. Les pertes ont √©galement pu √™tre importantes car √† cette √©poque de nombreux renards fr√©quentaient le massif¬†; on pouvait les rencontrer jusque sur les cr√™tes.

Le deuxi√®me l√Ęcher (12 marmottes) eut lieu le 15 juillet 1978 au "¬†Verrou de Court¬†", √† proximit√© de deux grands rochers. Bien qu’aucun suivi syst√©matique n’ait √©t√© mis en place, il semblerait que les marmottes se soient bien acclimat√©es et aient prosp√©r√©, m√™me si aucune information √† leur sujet n’a √©t√© recueillie pendant pr√®s d’une dizaine d’ann√©es. Cependant, des chasseurs auraient aper√ßu des marmottes dans la vall√©e de Chaudefour d√®s 1985. D’autres auraient √©t√© vues sous le t√©l√©ph√©rique, alors qu’un fox-terrier aurait rep√©r√© des terriers au cours d’une chasse au renard. Enfin, vers 1988-89, une marmotte d√©c√©d√©e a √©t√© ramass√©e √† la cime du capucin.

Au début des années 80, un membre du Peloton de Gendarmerie de Montagne originaire de Vanoise est affecté au PGM de Super-Besse. Il ramène avec lui, en 1979, une marmotte blessée, puis deux autres en 1980. Elles hibernent à la venue de l'hiver, mais au printemps 1981, elles parviennent à s'échapper de leur enclos, preuve que le climat de l'Auvergne leur a été particulièrement profitable !

En 1994, pour la première fois, des marmottes sont observées par le personnel de la Réserve dans la vallée de Chaudefour. En 1996, le nombre total de marmottes réparties sur l'ensemble du massif du Sancy est estimé à 600.

3. Les marmottes de la vallée de Chaudefour

3.1. Méthode

Un dépouillement bibliographique a été entrepris en novembre 1997, en liaison avec le service régional de l'archéologie d'Auvergne, pour tenter de préciser les circonstances et la datation de la disparition et du retour de la marmotte dans la vallée de Chaudefour.

Du 15 juin au 15 septembre 1998, ont été réalisées les observations sur le terrain, rendues difficiles par 50 jours de mauvais temps (brouillard et pluie) sur un séjour total de 90 jours.

Parall√®lement a √©t√© men√©e une enqu√™te aupr√®s de professionnels fr√©quentant le massif, de chasseurs, de personnes susceptibles d'avoir effectu√© les premiers l√Ęchers, etc...

3.2. Les premiers résultats

La zone de colonisation des marmottes se situe à une altitude supérieure à 1500 mètres. Dans un premier temps, les versants méridionaux ont été colonisés.

Au cours de l'été 1998, dix " colonies " ont été repérées (fig. 2).

La surface des "¬†colonies¬†" est variable : de 1 √† 3 hectares, ceci √©tant essentiellement d√Ľ au relief. Le nombre d'individus est compris entre 1 (colonie n 2) √† 6 (colonies n 5 et 8). Il faut noter qu'aucun petit de l'ann√©e n'a √©t√© rep√©r√©.

Colonie n 1 : nombre de marmottes inconnu en raison des difficultés d'observation. 

Colonie n 6 : 2 marmottes adultes.

Colonie n 2 : 1 marmotte adulte. 

Colonie n 7 : 1 marmotte.

Colonie n 3 : 3 marmottes (2 adultes et 1 jeune). 

Colonie n¬į 8¬†: individu(s) observ√©(s), mais terriers non localis√©s.¬†

colonie n 4 : des individus observés à plusieurs reprises dans cette zone, aucun terrier n'a été repéré. 

Colonie n 9 : 6 marmottes (2 adultes et 4 jeunes).

Colonie n 5 : 6 marmottes (2 adultes et 4 jeunes). 

Colonie n 10 : son existence m'a été indiquée mais aucun terrier n'a été repéré.


Fig. 2. Localisation des colonies de marmottes observées (été 1998) dans la vallée de Chaudefour.

Les marmottes se sont installées dans un premier temps dans les zones d'éboulis (colonies n 1, 5, 6, 7 et 8). Actuellement, il semblerait qu'elles conquièrent les zones de pelouse (colonies n 2).

Maintenant que l'état des lieux est réalisé, il sera possible d'apprécier l'évolution de chaque colonie en effectuant tous les ans : 1- des comptages, voire des marquages, pour préciser l'évolution du nombre de familles et d'individus ; 2- des observations pour déterminer l'état sanitaire des colonies (ce dernier point sera facilité par le fait que nous ayons déjà pu mettre en évidence - au moins sur un des territoires - des latrines). En outre, les colonies supposées n 4, 7, 8 et 9 devront faire l'objet d'une vérification au printemps 1999.

De même, il convient d'entreprendre une étude systématique pour évaluer l'impact des activités des marmottes sur la flore, particulièrement sensible de la vallée (nourriture et déjection, fouissement, cheminement...). Ces directions de recherche nécessitent une concertation préalable afin de déterminer, le cas échéant, les méthodes à employer pour le piégeage/marquage. Elles induisent également la prise de contact avec des partenaires régionaux : analyses des fèces en liaison avec le service vétérinaire départemental ; relevés de végétation pour estimer l'influence des marmottes sur le milieu. Certaines de ces actions peuvent être menées dans le cadre de travaux confiés à des stagiaires. Seule une décision des responsables de la réserve permettra la mise en place d'un tel programme. Aussi était-il primordial pour la prendre en toute connaissance de cause d'effectuer cet "état des lieux" et de prendre contact avec les gestionnaires de différents massifs montagneux déjà confrontés à cette situation. Si le parc naturel régional des Volcans souhaite effectivement mettre l'accent sur une gestion raisonnée des marmottes, il conviendra d'élaborer un "cahier des charges", en accord avec la charte d'introduction de la marmotte, en gestation (Geay et al. 1996 ; Ramousse & Le Berre 1996).


4. Enquête

Du 15 juillet au 15 ao√Ľt 1998, j'ai propos√© une fiche d'enqu√™te, comprenant 9 questions, certaines n√©cessitant une r√©ponse alternative (oui - non), d'autres appelant un commentaire d√©taill√© (fig. 3). Un total de 300 r√©ponses a √©t√© recueilli et d√©pouill√©. Ce questionnaire a √©t√© propos√© exclusivement aux visiteurs de la maison de la r√©serve.

Les connaissances du public sont lacunaires (fig. 4). En effet, 28 % des personnes interrog√©es ne savent pas o√Ļ la marmotte vit et 33 % ignorent ce qu'elle mange. Toutefois, 58 % des personnes interrog√©es sont pr√™tes √† venir dans la vall√©e uniquement pour observer la marmotte.

Monsieur Marmotte m√®ne l’enqu√™te....



Êtes-vous :

du Puy-de-D√īme?

Oui - Non

d’Auvergne

Oui - Non

autre (précisez)

......................



Venez-vous :

seul?

Oui -Non

en couple?

Oui -Non

en famille

Oui - Non

entre amis

Oui - Non




Avez-vous :

moins de 20 ans?

Oui - Non

entre 21 et 25 ans?

Oui - Non

entre 26 et 30?

Oui - Non

entre 31 et 40?

Oui - Non

entre 41 et 60?

Oui - Non

plus de 61?

Oui -Non

Venez-vous dans la vallée de Chaudefour pour :

un pique-nique?

Oui - Non

une promenade en fond de vallée?

Oui - Non

une randonnée sur les crêtes?

Oui - Non

le paysage ?

Oui - Non

la faune?

Oui - Non

la flore

Oui - Non

les cascades?

Oui - Non

autre?

...................

Avez-vous déjà vu des marmottes?

Oui – Non

Pensez-vous qu’elle soit pr√©sente dans la R√©serve Naturelle de la vall√©e de Chaudefour?

Oui - Non

Combien pensez-vous qu’il y en ait?

..............................................

Dans quel type de milieu pensez-vous les trouver?

................................................

Quel est le régime alimentaire de la marmotte?

................................................

Viendriez-vous dans la vallée rien que pour les voir?

Oui -Non

Qu’est-ce que les marmottes repr√©sentent pour vous?

...................................................

Un petit mot pour conclure?

...................................................

Je vous remercie d’avoir consacr√© quelques instants √† cette enqu√™te

Fig. 3. Questionnaire proposé, pendant l'été 1998, aux visiteurs de la maison de la Réserve naturelle de la vallée de Chaudefour.

 

Fig. 4. Résultats de l'enquête menée pendant l'été 1998 auprès de 300 visiteurs de la Réserve naturelle de la vallée de Chaudefour

La vall√©e de Chaudefour, situ√©e √† 50 kilom√®tres seulement de Clermont-Ferrand, est tr√®s fr√©quent√©e, notamment en famille. Aussi l'impact de l’introduction de la marmotte ne s'estime pas uniquement par les modifications √©ventuelles du milieu, mais √©galement par les retomb√©es touristiques importantes, voire √©conomiques, sur l'ensemble de la micro-r√©gion. L'afflux touristique ainsi d√©termin√© peut √©galement avoir une importante incidence sur le quotidien de la r√©serve.

Pour conclure, les marmottes alpines introduites sur le massif du Sancy commencent √† coloniser spontan√©ment la vall√©e de Chaudefour et √† s’y reproduire. Elles suscitent l’int√©r√™t des visiteurs de la R√©serve. Il est donc particuli√®rement int√©ressant de suivre ce processus de colonisation. Cette premi√®re approche de la "marmotte de Chaudefour" pr√©sente un bilan prometteur, tout en montrant qu'il reste un important travail √† r√©aliser. Peut-√™tre sera-t-il possible de pr√©senter celui-ci, lors d'une prochaine Journ√©e d’√©tude de la marmotte.

(1) Je tiens à exprimer ma reconnaissance à monsieur Eric VALLE, Conservateur de la Réserve naturelle de Chaudefour, et à monsieur Philippe LOUDIN, de l'Office National de la Forêt, qui ont aimablement et efficacement assuré l'encadrement de mon stage. Je remercie également monsieur Raymond RAMOUSSE, du Laboratoire de Socioécologie et Conservation de l'Université Claude-Bernard de Lyon I, des conseils avisés qu'il a eu l'obligeance de me donner, notamment lors de son séjour à la Réserve de la vallée de Chaudefour.

(2) Un inventaire bibliographique des mentions de la marmotte a √©t√© entrepris par le Service r√©gional de l'arch√©ologie d'Auvergne. Il serait souhaitable de faire de m√™me en ce qui concerne l'√©tude du mat√©riel osseux conserv√© notamment dans les d√©p√īts de fouilles d√©pendant de ce Service.

(3) Je remercie de ses pr√©cieux renseignements Monsieur Jacques Gaillot, h√ītelier au Mont-Dore et pr√©sident de la soci√©t√© de chasse du Mont-Dore pendant 40 ans. Il fut √† l’origine des l√Ęchers de 1959 et 1978, par l’interm√©diaire d’un de ses amis, Monsieur Picard, de la F√©d√©ration de Chasse du Puy-de-D√īme. Je remercie √©galement Monsieur Frank Mabru, originaire d’Auvergne et actuellement garde au Parc National des Pyr√©n√©es, qui a confirm√© ces informations.

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